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>>Un groupe de réflexion pour mieux humaniser

M.-T. Minne, J. Appelboom et D. ScheppensA l’HUDERF, plusieurs asbl travaillent à l’humanisation de l’univers hospitalier et à son adaptation à la vie d’un enfant. Un groupe de réflexion a été mis en place pour coordonner tous les efforts réalisés en ce sens, mais aussi pour aller au-delà du purement concret et faire avancer les mentalités.

Un groupe de réflexion sur l’humanisation de l’hôpital? Cette dénomination évoque le titre d’une commission ministérielle plutôt qu’une organisation efficace au sein d’un établissement de soins. Et pourtant, dans le cas de l’Hôpital Universitaire des Enfants Reine Fabiola, ce groupe au nom intimidant est un vecteur d’efficacité. Il a pour rôle, entre autres, de coordonner l’action de toutes les asbl qui font appel à des bénévoles au sein des différents services. Et comme plusieurs dizaines de volontaires interviennent dans l’hôpital... il s’agit d’un travail d'envergure! Rencontre avec Marie-Thérèse Minne, co-animatrice du groupe avec le Pr Jocelyne Appelboom, qui est également Chef du service de pédopsychiatrie.

Un groupe ouvert

Le groupe de réflexion se réunit une fois par mois. Il est ouvert sans restriction aux membres du personnel (équipes soignantes mais aussi paramédicales) et aux membres des associations ayant une activité au sein de l’HUDERF. En pratique, un noyau dur de 10 à 15 personnes au moins est présent à chaque réunion. L’audience du groupe de réflexion est cependant plus importante, puisqu’un compte-rendu de chaque réunion est envoyé à toutes les infirmières Chefs de service de l’établissement, et aux médecins qui le demandent. “Une centaine d’exemplaires sont diffusés chaque mois”, précise Marie-Thérèse Minne. Le groupe exerce avant tout un rôle d’entremetteur. Il met en contact les bonnes volontés et les fonds, mais aussi les personnes qui constatent les problèmes avec celles qui peuvent les résoudre.

Huiler les rouages

Le but le plus concret du groupe de réflexion est de “coordonner les activités ludiques et de détente pour offrir aux enfants joie et plaisir dans les moments hors soins”, selon Marie-Thérèse Minne. Plus d’une dizaine d’asbl sont en effet à l’œuvre à l’HUDERF. Certaines utilisent des salles de jeux de l’hôpital, d’autres travaillent directement dans les unités de soins… Il faut un planning minutieux pour que les enfants puissent profiter au maximum de chaque activité proposée. Et surtout pour que les animations ne mettent pas en danger la bonne marche des services. En favorisant le contact entre membres du personnel et membres des associations, le groupe sert aussi à s’assurer que les activités proposées aux enfants correspondent aux demandes des soignants. “Nous commençons toujours les réunions avec les demandes venues des unités de soins”, explique Marie-Thérèse Minne, “parce que nous devons être centrés sur l’humanisation au sein de l’hôpital, et pas indépendamment de lui.”

La 1re place revient aux soins

Le respect du travail des soignants est la base de la philosophie du groupe de réflexion. L’objectif de l’hôpital est de guérir l’enfant qui y est admis par une prise en charge globale et singu-lière. “Toutes les associations sont donc conscientes que leur planning peut être modifi é au dernier moment pour des raisons médicales”, rappelle Marie-Thérèse Minne. Au-delà de cette priorité, il est aussi important que le travail des bénévoles se fasse dans le respect des équipes soignantes. “Les patients de l’HUDERF ne sont pas de pauvres malheureux qui souffrent et que les bénévoles viennent soulager, comme le voulaient certains clichés dépassés”, souligne Marie-Thérèse Minne. À trop séparer soins et efforts d’humanisation, on risque de ne laisser à ceux qui soignent que les tâches qui sont désagréables aux enfants, les extérieurs venant se charger de les faire sourire. Le partage ne serait pas très équitable… Et ce ne serait pas non plus la meilleure manière de favoriser la bonne entente entre des acteurs pourtant complémentaires. Les soignants doivent faire partie intégrante de l’effort d’humanisation. “Il est vrai que leurs actions en ce sens sont limitées par un manque de temps et de budget”, reconnaît Marie-Thérèse Minne, “mais un sourire et un peu de douceur ne coûtent pas grand-chose.”

Pour que l’enfant reste un enfant

Alors que les soignants connaissent la pathologie des enfants, les bénévoles n’en savent que ce que les enfants ou les parents leur disent, ils travaillent avec une page blanche, détachés du poids de la maladie”, explique Marie-Thérèse Minne. “Les bénévoles font autre chose que les professionnels de santé. C’est un facteur de richesse pour l’enfant malade et sa famille”, complète le Pr Appelboom. Avec à la clé des effets réels sur la santé, qui passent par la prévention de troubles secondaires, mais surtout une sensibilisation de tous les acteurs au droit fondamental à l’enfance. Pour permettre aux petits patients de sortir de leur statut de malade et de retrouver leur place d’enfant, trop souvent oubliée parmi toutes les contraintes de la vie à l’hôpital.

:: "Echanger les points de vue et régler les problèmes" :: Marie-Christine Schoevaerts est responsable de l’asbl “Ensemble, pas à pas” qui accompagne les familles d’enfants cancéreux. Lorsqu’elle a déposé les statuts de l’association il y a treize ans, c’est en partie parce qu’elle savait que le groupe de réflexion sur l’humanisation existait. Aujourd’hui, elle salue dans le travail du groupe l’action concrète, mais aussi la réflexion.
Aller jusqu’au sens de l’action : “Parfois, des actions concrètes donnent naissance à des idées plus générales. Lorsque notre asbl a décidé de proposer des initiations à la voile aux enfants cancéreux, nous en avons discuté au sein du groupe et cela a initié une réflexion plus générale sur l’activité physique pour les enfants malades. Pour que les choses avancent, il faut réfléchir au sens de ce que l’on fait.”

Auteur : Marion Garteiser
Source : Osiris News (n° 10, mars-mai 2008)