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>>Frank Deuvaert : l'aventure au bout du bistouri

Frank Deuvaert en salle d'opérationAprès avoir dirigé le département de chirurgie et le service de chirurgie cardiaque du CHU Brugmann et de l'HUDERF pendant 20 ans, le Pr Frank Deuvaert prend sa retraite en avril 2009. Retour sur la carrière d'un chirurgien brillant et passionné, amoureux de sport et de voyage.

En salle d'opération comme à 7.000 mètres d'altitude, le Pr Deuvaert pense et agit en équipier de haute montagne. Son objectif? Que tous les membres de son équipe parviennent au sommet… et en reviennent sains et saufs. Le Dr Pierre Wauthy, son successeur au service de chirurgie, raconte: "Nous nous sommes rencontrés en 1999. À l'époque, je travaillais dans le laboratoire du Pr Robert Naeije, à l'ULB. Ce dernier m'avait invité à participer à une expédition de haute montagne au Pérou. Quelques semaines plus tard, j'apprenais que le Pr Deuvaert, qui allait devenir mon chef de service au CHU Brugmann, serait aussi de la partie. Débuter une collaboration par des vacances sportives ensemble était une situation qui me semblait un peu embarrassante… D'emblée, le Pr Deuvaert m'a pris sous son aile. Nous avons été compagnons de cordée pendant trois semaines, mais j’ai l’impression que nous le sommes restés au cours des dix années qui ont suivi. J'en garde un souvenir inoubliable!"

Un chirurgien remarquable

Chirurgie cardiaque pédiatriqueExtrêmement rigoureux, doté d'un grand esprit d'équipe, le Pr Deuvaert a maintenu au CHU Brugmann et à l'HUDERF la qualité des soins qui avait été instaurée par son prédécesseur, le Pr Georges Primo. "Le Pr Deuvaert a codifi é une partie des interventions que nous réalisons aujourd'hui et s'est investi dans des disciplines peu développées à l'époque comme la chirurgie cardiaque pédiatrique", souligne le Dr Wauthy. "Il a également toujours été soucieux du développement et du rayonnement de sa discipline. Au niveau international, il a été membre fondateur de la Banque Européenne d'Homogreffes. Il est également membre fondateur de la Société Belge des Chirurgiens Cardio-Thoraciques et du Fonds pour la Chirurgie Cardiaque."

De la marine marchande à la médecine

Frank Deuvaert ne s'était pourtant pas dirigé d'emblée vers la médecine. "Je rêvais de voir le monde. Je me suis engagé dans la marine marchande dès la fin de mes études secondaires. Élève cadet sur un cargo, je me suis très vite rendu compte de la réalité du métier! Une fois au port, nous devions décharger et charger des marchandises 24h/24. Après trois mois, j'ai quitté le bateau. Je suis rentré en Belgique et j'ai commencé des études de médecine à l'ULB. Je n'avais alors aucune idée de l'orientation que j'allais prendre. Toutes les disciplines abordées au cours de mes stages me tentaient. À la fin de mes études, le chef du département de chirurgie du CHU Brugmann m'a proposé d'intégrer son service. J'ai accepté."

Une carrière émaillée de voyages

Le jeune chirurgien n'abandonne pas pour autant ses rêves d'aventure et de voyage, comme en témoignent les photos, les souvenirs, la plante grimpante un peu folle et le VTT qui trônent dans son bureau. "En 1971, j'ai fait un premier stage à l'étranger, à la Harvard Medical School, à Boston. J'ai ensuite effectué un service civil en tant que chirurgien au Népal, en Guinée, au Sahel et au Zaïre." En 1977, le jeune homme dépose ses bagages à Houston, au Texas Heart Institute. "J'y ai poursuivi ma formation en chirurgie cardiaque… et j'y ai rencontré ma femme. Quelques années plus tard, j'ai également effectué un stage à Londres pour affiner ma formation en chirurgie cardiaque pédiatrique." Une formation qu'il fera partager au Dr Hélène Demanet.

Collaborations Nord Sud

Ce goût pour les voyages amènera également le chirurgien – devenu entre-temps chef du service de chirurgie cardiaque et du département de chirurgie – à développer des programmes de coopération avec plusieurs pays émergents. "Nous avons tissé des liens étroits avec l'hôpital La Rabta, à Tunis, et la Clinique Bou Ismail, à Alger. Depuis le début de ces programmes de coopération, dans les années 70, près de 2.000 patients algériens et tunisiens ont été opérés par nos équipes. Ces années de collaboration nous ont permis d'acquérir une grande expérience en matière de cardiopathies congénitales complexes et d'affiner la prise en charge de nos propres patients." Une collaboration qui arrive progressivement à son terme, les gouvernements de ces deux pays souhaitant parvenir au plus vite à une autonomie complète en matière de chirurgie cardiaque et à l'arrêt des transferts vers l'étranger.

Place à la nouvelle génération

Ayant atteint l'âge de la retraite, le Pr Deuvaert tirera sa révérence en avril 2009. "Je vais arrêter définitivement la chirurgie cardiaque. Ce métier demande que l'on s'y investisse à 200%. Seule une activité intense peut garantir un travail performant dans ce domaine. L'équipe qui m'entoure est très solide. Je suis certain qu'ils seront à même de prendre en charge tous les problèmes qui se présenteront à eux. Je suis très heureux de leur passer la main."

:: Frank DeuvaertCV express ::
>1968: Stagiaire au département de chirurgie du CHU Brugmann.
>1971: Research fellow in surgery à la Harvard Medical School (Boston, USA).
>1973 - 1975: Service civil au Népal, en Guinée, au Sahel et au Zaïre.
>1976: Chirurgien au service de chirurgie cardiaque du Pr Primo.
>1977: Séjour au Texas Heart Institute (Houston, USA).
>1986: Séjour à Londres (M. de Leval).
>1989: Chef du service de chirurgie cardiaque et du département de chirurgie du CHU Brugmann et de l'HUDERF.
:: De la chirurgie cardiaque à la cardiologie interventionnelle ::S'il n'a pas encore sonné le glas de la chirurgie cardiaque, le dynamisme des cardiologues interventionnels impliquera une collaboration beaucoup plus grande dans le futur entre les chirurgiens et les cardiologues.
"Le champ de la chirurgie cardiaque se rétrécit de plus en plus tandis que celui de la cardiologie invasive s'élargit. Il est aujourd'hui fréquent d'avoir recours à ce type d'intervention pour la pathologie coronaire, mais aussi de plus en plus dans le domaine des malformations cardiaques congénitales", explique le Pr Deuvaert. "Dans le même temps, le profil des patients est également en train de changer: de plus en plus âgés, ils sont aussi de plus en plus fragiles et doivent être opérés avec des facteurs de risque multiples."

Auteur : Aurélie Bastin
Source : Osiris News (n° 14, mars-mai 2009)