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>>Dépister précocement la surdité : collaboration CHUB-HUDERF

Un test simpleDepuis novembre 2006 et la mise en place du plan de la Communauté française concernant le dépistage précoce de la surdité, les enfants atteints de troubles de l'audition sont détectés plus tôt. Et peuvent ainsi bénéficier d'une meilleure prise en charge.

De l'intérêt d'un dépistage précoce

Dépister précocement les troubles de l'audition chez l'enfant est crucial. Le Dr Anne-Laure Mansbach, ORL à l'HUDERF, soutient de longue date le programme de dépistage de la surdité dès la maternité. "Les études menées dans ce domaine sont formelles: plus la prise en charge de la surdité – quel que soit son degré– est rapide, plus l'enfant augmente ses chances de retrouver une audition et un langage satisfaisants. Même pour les surdités légères, que nous pensions pouvoir traiter plus tardivement, les enfants pris en charge avant 6 mois développeront des performances supérieuresà celles d'enfants pris en charge plus tard."
Le Pr Paul Deltenre, neurophysiologiste au CHU Brugmann et responsable du diagnostic électrophysiologique de la surdité, renchérit. "Les bébés naissent avec un cerveau capable de comprendre toutes les langues! Les nourrissons sont initialement sensibles à tous les contrastes acoustiques à valeur linguistique et se "spécialisent" pendant la première année afin de ne plus comprendre que leur langue maternelle. S'ils n'entendent pas bien et ne sont pas exposés aux subtilités de leur langue maternelle, cette programmation ne se produit pas."

Dépistage de la surdité réalisé par une puéricultricePremière étape: le dépistage à la maternité

Le dépistage de la surdité dès les premiers jours de vie du bébé est réalisé grâce à la méthode des otoémissions acoustiques (OEA). Ces OEA mesurent les sons émis par l'oreille lorsque celle-ci est stimulée. Au CHU Brugmann, la mesure est réalisée par une puéricultrice dès le troisième ou le quatrième jour qui suit la naissance de l'enfant. "Le test est réalisé avec une machine simple qui indique PASS quand le bébé entend bien et REFER quand l'audition semble altérée. En cas de résultat anormal, la puéricultrice réitère le test", explique le Dr Mansbach. "Quand une maternité entame son programme de dépistage, 4 à 5% des nourrissons testés présentent des résultats anormaux. Ce chiffre chute à moins de 1% à l'issue de cette période d'adaptation, indispensable à l'optimalisation des procédures. Au CHU Brugmann, nous sommes proches de cette cible."

Un diagnostic plus précis

Laboratoire de neurophysiologie clinique de l'auditionLorsque le résultat du test de dépistage est anormal, le bébé est emmené dans le laboratoire de neurophysiologie clinique de l'audition (Potentiels Évoqués) pour affiner le diagnostic. Le test mené dans cette unité enregistre l'activité électrique du système auditif en soumettant l'enfant à des stimuli sonores. "Des électrodes placées sur le crâne du bébé permettent la recherche active de l'intensité sonore la plus faible induisant une réponse. Une fois ce seuil atteint, nous observons comment la réponse évolue en fonction de l'intensité du son afin de définir le mécanisme de la surdité. Un second type de mesure, très proche de l'audiogramme (test classique pour déceler les pertes d'audition) nous donne ensuite les différents seuils de l'audition, fréquence par fréquence", explique le Pr Deltenre.
Les stimuli sonores sont de l'ordre du microvolt et demandent un relâchement total de l'enfant. Ces examens sont donc effectués en sommeil spontané jusqu'à 3 mois. Pour les enfants qui sont, pour l'une ou l'autre raison, dépistés plus tardivement (après six mois), l'examen doit être réalisé sous légère sédation. Au total, seuls 5 à 10% des enfants soumis à ces tests présentent un réel problème d'audition. Au CHU Brugmann, le taux d'enfants diagnostiqués avec un trouble de l'audition définitif est d'environ 2,5 pour 1.000, ce qui représente l'incidence globale de ce type de surdité en Belgique et souligne l'efficacité du programme. Un dépistage d'autant plus intéressant qu'il permet une prise en charge pluridisciplinaire rapide par l'équipe ORL, qui peut ainsi proposer aux parents toutes les solutions possibles.

:: Le programme "dépistage néonatal de la surdité" :: Interpellée à de nombreuses reprises à ce sujet, la Communauté française a lancé en novembre 2006 un programme de dépistage néonatal de la surdité. Les autorités interviennent à concurrence de 5 euros par enfant dépisté à la maternité et la contribution des parents ne peut s'élever qu'à 10 euros maximum (remboursés par certaines mutuelles). Avec ces montants, les maternités offrant le service travaillent à perte. "Ces 15 euros ne couvrent pas tout le travail de gestion des données, qui sera simplifié par l'informatisation prochaine du système. En attendant, cette gestion demande encore beaucoup de manipulations papier et de contacts interpersonnels", explique le Dr Mansbach.
:: Les troubles de l'audition en quelques chiffres ::
>+/- 2 naissances sur 1.000: le taux de surdité bilatérale persistante (> 40 décibels à la naissance).
>1 à 2%: le taux de surdité bilatérale dans la population à risque. Si on ne testait que les nourrissons à risque, seuls 50% des enfants sourds seraient diagnostiqués.
>+/- 2,2 ans: l'âge moyen du diagnostic de surdité dans les pays qui ne pratiquent pas le dépistage systématique. La prise en charge est dans ce cas beaucoup trop tardive.
>En Communauté française, 47 maternités sur 50 ont mis en place ce système de dépistage précoce de la surdité.

Auteur : Stéphanie Koplowicz
Source : Osiris News (n° 15, juin-août 2009)