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>>Ecole Robert Dubois : dessiner pour gommer la souffrance

Peinture à l'école Robert DuboisBricolage à l'école Robert Dubois

De la poésie, de la fantaisie et beaucoup de couleurs. Pour les enfants et adolescents hospitalisés à l'HUDERF et au CHU Brugmann, les cours de dessin de l'École Robert Dubois sont une occasion de s'évader pendant quelques heures, mais surtout de se reconstruire.

Les monstres qui habitent les âmes sont chassés à grands coups de crayon. Les peurs s'estompent à la peinture à l'eau… L'art serait-il thérapeutique?

Des thèmes et des techniques adaptés

Noëlle Auquier est professeur de dessin à l'École Robert Dubois, établissement scolaire réservé aux enfants et adolescents hospitalisés. "Lorsque j'ai commencé en 1992, à Érasme, je me suis rendu compte que les cours de dessin traditionnels ne convenaient pas aux adolescents hospitalisés. Petit à petit, j'ai mis au point des thèmes et des techniques qui pouvaient aller à la rencontre de leur souffrance. C'est ainsi que le cours de dessin est devenu un appui thérapeutique." Pastel, aquarelle, collage... De nombreuses techniques sont enseignées aux élèves pour leur garantir un maximum de liberté. "Dessiner, c'est se mettre à nu, c'est se livrer. Avec patience et bienveillance, nous les aidons à surmonter la peur de la feuille blanche", explique Geneviève Joris, professeur de dessin elle aussi. "Les travaux de groupe comme la fresque ou le cadavre exquis permettent à chacun de déposer un peu de son histoire et un peu de ses rêves sur la toile. Les ados travaillent ensemble, sans se juger. Ils s'entraident. Ceux qui préfèrent être seuls travaillent sur des thèmes comme l'autoportrait, en utilisant un miroir ou en laissant libre cours à leur imagination."

Une meilleure image de soi

Dessiner aide à améliorer l'estime de soi. Les réflexions du type "ce n'est pas beau", "ça ne ressemble à rien", "ce n'est pas comme ça qu'il faut faire" n'ont pas leur place aux cours de dessin. "Nous veillons également à ce que les étudiants aillent toujours jusqu'au bout d'un travail. Parvenir à un résultat, quel qu'il soit, est important pour éviter tout sentiment d'échec. Mais nous ne leur mettons pas la pression! Nous leur demandons de se lancer sans se fixer d'objectif", poursuit Geneviève Joris. "Après les cours, ceux qui en ont envie peuvent encadrer leur dessin. Il est aussi possible de les imprimer. Les patients hospitalisés plusieurs semaines ou plusieurs mois peuvent réaliser des petits livres illustrés. Nous organisons également des expositions. Constater que leurs dessins représentent quelque chose d'important et de beau aux yeux des autres – et de leurs parents – est très bénéfique pour eux."

S'exprimer autrement que par la parole

Quand la parole ne suffit plus...

Le dessin est également un moyen de s'exprimer autrement. "Les enfants et les jeunes ados hospitalisés en pédopsychiatrie sont en grande souffrance. La parole ne suffit pas toujours. Il faut d'autres outils", souligne le Dr Anne François, chef de clinique adjoint au service de pédopsychiatrie de l'HUDERF. "L'année dernière, une jeune fille qui ne parlait plus depuis 3 ans est entrée à l'hôpital. Par ses dessins, elle est parvenue à exprimer des choses qu'elle ne savait plus dire", confie Geneviève Joris. "Les élèves font ce qu'ils veulent de leur dessin. Certains éprouvent le besoin d'en parler. D'autres les donnent. Pour d'autres encore, le simple fait de dessiner ou de peindre est libératoire. L'art plastique, c'est poser un certain regard sur le monde. Certains jeunes se sentent tellement mal, qu'ils sont incapables de se tourner vers l'extérieur. Ils parviennent à exprimer une certaine souffrance à travers leurs dessins, mais ils ne sont pas encore prêts à aller plus loin. Notre rôle est de les amener petit à petit à s'intéresser aux autres."

Prof, pas thérapeute

À la différence des autres cours, comme le latin, les maths ou le français, les ados sont libres aux cours de dessin. Ils ne craignent pas les sanctions. Ils ne sont pas jugés. Ils ne sont pas non plus en thérapie, qui est un travail plus contraignant. Ils peuvent se lâcher sans se sentir observés. Geneviève Joris raconte: "Un jour, un jeune m'a écrit qu'il n'en pouvait plus, qu'il voulait rentrer chez lui. Je l'ai encouragé à l'écrire, à le déposer. Mais je n'ai pas été plus loin". "Les enfants et les ados font très bien la différence entre les cours, leurs professeurs, et toutes les personnes qui sont responsables d'eux au sein de l'hôpital: médecins, psychologues, infirmier(ière)s", précise Noëlle Auquier. "Pour nous aussi, les rôles sont très clairs. Nous ne sommes pas thérapeutes. Nous réalisons un travail complémentaire, mais totalement différent."

:: Des ateliers multidisciplinaires ::
>Les "cubers" de l'Unité Rimbaud : Les deux professeurs de dessin se sont associées à Jean-Rémy Dierickx, professeur de physique et musicien, et Anne Verlinden, professeur de mathématique travaillant à l'Unité Rimbaud. Ensemble, ils ont mis en place un atelier un peu particulier, qui s'articule autour de la thématique du cube et fait le lien entre la musique, la physique, les mathématiques et le dessin.
>Atelier philo à l'HUDERF : Le mercredi matin, à l'HUDERF, Geneviève Joris anime un cours mixte avec un prof de philo. "Le dessin sert à matérialiser les discussions philosophiques."
:: Le dessin, une thérapie ? ::
>Thérapie psychanalytique : Les dessins sont utilisés par certains psychanalystes et psychologues pour accéder au vécu et aux émotions des enfants. En les commentant, ces derniers donnent des indications aux thérapeutes sur les significations qui peuvent leur être accordées.
>L'art-thérapie : Avec d'autres techniques comme la peinture, le collage ou la sculpture, le dessin est l'un des outils utilisés par les art-thérapeutes. Certains envisagent le processus de création comme un moyen privilégié d'expression. D'autres misent sur le potentiel créateur qui peut être révélé au cours de ces ateliers et aider les patients à surmonter leurs difficultés.

Auteur : Aurélie Bastin
Source : Osiris News (n° 20, septembre-novembre 2010)