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Oesophagite à éosinophiles de l'enfant et de l'adolescent
Qu'est-ce que l'oesophagite à éosinophiles chez l'enfant ?
L'œsophagite à éosinophiles (OeE) est une maladie inflammatoire chronique de l’œsophage, d’origine immuno-allergique, déclenchée le plus souvent par certains aliments. Elle peut débuter à tout âge, dès la petite enfance, et touche plus souvent les garçons. Elle est fréquemment associée à d’autres maladies atopiques (eczéma, asthme, rhinite allergique, allergie alimentaire). Certains enfants sont plus à risque, en particulier ceux nés avec une atrésie de l’œsophage.
Chez l’enfant, les symptômes varient avec l’âge et sont souvent frustes ou peu spécifiques, ce qui peut retarder le diagnostic :
- Nourrisson et jeune enfant : difficultés alimentaires (refus de manger, sélectivité, repas très lents, difficulté à passer aux morceaux), vomissements ou régurgitations, irritabilité pendant les repas, stagnation du poids ou cassure de la courbe de croissance.
- Enfant d’âge scolaire : vomissements, douleurs abdominales (épigastriques) ou thoraciques, symptômes de reflux qui ne répondent pas au traitement habituel.
- Adolescent : difficultés à avaler (dysphagie) et blocages alimentaires dans l’œsophage (impaction), comme chez l’adulte.
Beaucoup d’enfants développent sans s’en rendre compte des stratégies d’adaptation qui masquent la maladie : mâcher longtemps, couper les aliments en très petits morceaux, boire beaucoup pendant le repas, éviter certaines textures (viande, pain, riz). Non traitée, l’inflammation peut à long terme rendre l’œsophage plus rigide et conduire à des rétrécissements (sténoses). C’est pourquoi un traitement et un suivi au long cours sont indiqués.
Première consultation
Consultation en gastroentérologie pédiatrique comprenant :
- un relevé des symptômes adapté à l’âge, incluant le comportement alimentaire et les stratégies d’adaptation ;
- un relevé des antécédents personnels et familiaux d’allergies et de maladies atopiques ;
- une évaluation de la croissance (poids, taille, indice de masse corporelle reportés sur les courbes de croissance) et de l’état nutritionnel ;
- une évaluation du retentissement sur la qualité de vie de l’enfant et de sa famille.
En cas de blocage alimentaire (impossibilité d’avaler sa salive, douleur thoracique), une endoscopie en urgence est nécessaire.
Diagnostic
Comme chez l’adulte, le diagnostic repose sur la triade : symptômes de dysfonctionnement œsophagien, infiltration éosinophile sur les biopsies de l’œsophage et exclusion d’autres causes d’éosinophilie œsophagienne (reflux gastro-œsophagien, autres maladies digestives à éosinophiles, maladie de Crohn, infections, certains médicaments…). Selon les recommandations de l’ESPGHAN (2024), un essai préalable par inhibiteurs de la pompe à protons n’est plus requis pour poser le diagnostic : les IPP sont considérés comme une option de traitement.
Examens
- Gastroscopie (OGD) avec biopsies : examen indispensable, réalisé chez l’enfant sous sédation ou anesthésie générale. L’aspect de l’œsophage peut être normal chez l’enfant (en particulier le jeune enfant) : les biopsies doivent donc être systématiques. Au moins 6 biopsies de l’œsophage (proximal et distal) sont prélevées, ainsi que des biopsies de l’estomac et du duodénum lors de l’endoscopie initiale, afin d’exclure une atteinte digestive à éosinophiles plus étendue.
- Histologie : confirmation de la présence d’au moins 15 polynucléaires éosinophiles par champ à fort grossissement.
- Bilan allergologique : les tests cutanés (prick tests, patch tests) et le dosage des IgE spécifiques ne sont pas recommandés pour identifier les aliments responsables de l’OeE ni pour choisir un régime d’éviction, car leur valeur prédictive est faible. Une évaluation par un allergologue pédiatrique est en revanche indiquée en cas d’allergie alimentaire immédiate associée (urticaire, réaction anaphylactique), d’autres maladies atopiques mal contrôlées, ou avant la réintroduction d’un aliment évité longtemps chez un enfant sensibilisé.
- Prise de sang : non nécessaire au diagnostic (l’éosinophilie sanguine est inconstante et non spécifique). Un bilan nutritionnel peut être réalisé selon le contexte (retard de croissance, régime d’éviction).
- Radiographie de transit baryté œsophagien (TOGD ou RX OED) : non systématique ; réalisée en cas de suspicion de sténose, de dysphagie persistante malgré une endoscopie peu parlante, ou avant une dilatation, notamment chez les enfants opérés d’une atrésie de l’œsophage.
Traitements
Les objectifs du traitement chez l’enfant sont de soulager les symptômes, d’obtenir la rémission histologique, d’assurer une croissance et un développement des compétences alimentaires normaux, de prévenir les complications (fibrose, sténose) et de préserver la qualité de vie. Selon l’ESPGHAN, les IPP, les corticoïdes topiques avalés et les régimes d’éviction alimentaire sont tous des options de première ligne : le choix est discuté avec l’enfant et ses parents. Chaque traitement d’induction est évalué après 8 à 12 semaines par une endoscopie avec biopsies.
- IPP : souvent utilisés en première intention, à une dose adaptée au poids de l’enfant. Ils ont un effet anti-inflammatoire propre, indépendant du reflux. Environ la moitié des enfants y répondent.
- Corticoïdes topiques/locaux (avalés) : budésonide (forme orodispersible ou suspension visqueuse) ou fluticasone avalée, très efficaces sur l’inflammation et les symptômes. Les formes orodispersibles sont enregistrées chez l’adulte ; chez l’enfant, leur utilisation se fait hors AMM, à une dose adaptée à l’âge. Une surveillance (mycose buccale ou œsophagienne, croissance) est assurée.
- Régimes d’éviction : chez l’enfant, une approche progressive (« step-up ») est recommandée, en commençant par l’éviction du lait de vache seul, puis si nécessaire du lait et du blé, voire d’autres aliments. Les régimes ne sont pas guidés par les tests allergiques. Le régime à base de formule d’acides aminés (régime élémentaire) est très efficace mais réservé à des situations particulières. Un suivi diététique pédiatrique est indispensable pour couvrir les besoins liés à la croissance (protéines, calcium, vitamine D). Les aliments sont réintroduits un par un, avec un contrôle endoscopique pour identifier le ou les aliments déclencheurs.
- Biothérapies : le dupilumab est autorisé en Europe chez l’enfant à partir de 1 an (et 15 kg) dans l’OeE, en cas d’échec ou d’intolérance des traitements conventionnels. Son accès et son remboursement chez l’enfant suivent les critères en vigueur en Belgique.
- Prise en charge des troubles de l’oralité : chez le jeune enfant, une rééducation alimentaire (logopède, ergothérapeute) peut être nécessaire, car les difficultés alimentaires peuvent persister malgré la guérison de l’inflammation.
- Dilatation œsophagienne : rarement nécessaire chez l’enfant, réalisée par endoscopie en cas de rétrécissement important de l’œsophage.
Suivi
L’œsophagite à éosinophiles est une maladie chronique nécessitant un suivi à long terme par un gastroentérologue pédiatre. Le suivi combine l’évaluation des symptômes, de la croissance et de l’alimentation, des endoscopies avec biopsies et l’adaptation des traitements (IPP, corticoïdes topiques, régime, biothérapie).
- Suivi médical régulier : consultations rapprochées (tous les 3 à 6 mois) pendant les phases d’induction et d’adaptation du traitement, puis tous les 6 à 12 mois lorsque la maladie est stable. À chaque visite : courbes de poids et de taille, développement pubertaire, comportement alimentaire, observance.
- Contrôle endoscopique : indispensable car, chez l’enfant encore plus que chez l’adulte, les symptômes ne reflètent pas fidèlement l’activité de la maladie. Une endoscopie est réalisée 8 à 12 semaines après le début ou la modification d’un traitement (réduction de dose, arrêt, réintroduction d’un aliment) afin de confirmer la rémission histologique (moins de 15 éosinophiles par champ). Le nombre d’endoscopies sous anesthésie est limité au strict nécessaire.
- Traitements d’entretien : prescrits à la dose minimale efficace pour prévenir les récidives, fréquentes à l’arrêt du traitement.
- Approche pluridisciplinaire : gastroentérologue pédiatre, diététicien(ne) pédiatrique, allergologue pédiatrique, logopède/ergothérapeute spécialisé(e) dans l’oralité, psychologue, anatomopathologiste, anesthésiste pédiatrique, ainsi que le chirurgien pédiatrique pour les enfants opérés d’une atrésie de l’œsophage, en lien avec le pédiatre et le médecin traitant.
- Surveillance des complications : sténose œsophagienne, carences nutritionnelles liées aux régimes, effets secondaires des traitements, retentissement psychologique et social (repas à l’école, activités extrascolaires).
- Éducation thérapeutique : information de l’enfant et des parents sur la maladie et ses traitements, adaptée à l’âge, afin de favoriser progressivement l’autonomie de l’adolescent.
Transition vers l'âge adulte
L’OeE persistant à l’âge adulte, la transition vers la gastroentérologie adulte est préparée de façon structurée :
- Préparation (à partir de 12–14 ans) : éducation progressive de l’adolescent (connaissance de sa maladie, de ses traitements et de son régime, gestion des prescriptions), avec une partie de la consultation réalisée seul avec le médecin.
- Moment du transfert : en général entre 16 et 18 ans, en période de maladie stable (en dehors d’une phase d’induction ou de modification du traitement). Dans notre pratique, nous privilégions un suivi pédiatrique d’au moins 2 ans après le diagnostic avant le transfert, afin de disposer du temps nécessaire pour identifier le traitement efficace et, le cas échéant, les aliments déclencheurs, obtenir une rémission durable et mener à bien l’éducation thérapeutique. Ce délai repose sur un consensus d’équipe et non sur une recommandation formelle ; il est adapté au cas par cas, selon la maturité du jeune, l’évolution de la maladie et le souhait du patient et de sa famille. Pour un diagnostic posé en fin d’adolescence, un transfert plus précoce avec une concertation renforcée entre les équipes pédiatrique et adulte peut être envisagé.
- Transmission des informations : courrier de synthèse remis au jeune et à l’équipe adulte, reprenant la date et les circonstances du diagnostic, l’historique endoscopique et histologique, les traitements reçus et leur efficacité, les aliments déclencheurs identifiés, les comorbidités (atopie, atrésie de l’œsophage) et l’évolution de la croissance.
- Transfert : vers la consultation de gastroentérologie adulte afin d’assurer le suivi nécessaire à l’âge adulte, si possible lors d’une consultation conjointe ou d’une concertation entre les équipes pédiatrique et adulte, avec vérification que le premier rendez-vous adulte a bien eu lieu.
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Version 08/10/2026