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>>Découverte du centre de référence "Autrement"

AutrementEquipe "Autrement"

Le centre "Autrement" accueille des enfants souffrant d’autisme ou, de façon plus générale, de difficultés de communication au cours de leur développement. Ces petits patients nécessitent une prise en charge adaptée et individualisée. Zoom sur leur parcours, du bilan diagnostique au suivi.

"Le centre s’appelle "Autrement" parce qu’il faut penser autrement, accompagner ces enfants autrement et que nous sommes à chaque fois dans un processus individualisé, propre à chaque patient." En expliquant pourquoi le centre porte ce nom, le Dr Marie-Vinciane Soncarrieu, pédopsychiatre, plante d’emblée le décor. Avec le Dr Nicolas Deconinck, neuropédiatre, ils forment le binôme qui coordonne le centre. "L’appelation 'Autrement' nous permet aussi de ne pas nous limiter à l’étiquette 'autisme'", poursuit le Dr Soncarrieu. "Nous accueillons des enfants autistes, bien entendu, mais pas seulement !"

Des enfants "dans leur monde"

S’ils ne présentent pas tous un diagnostic formel d’autisme, les enfants accueillis dans le centre présentent des traits communs. "Ce sont généralement des enfants qui ont un retard de langage, qui sont 'dans leur monde', qui ne réagissent pas quand on les appelle par leur prénom…", détaille le Dr Deconinck. Ces caractéristiques particulières, ce sont les crèches, les médecins traitants ou encore le personnel d’autres services hospitaliers qui les repèrent. "Un pédiatre ORL peut nous adresser un enfant dont les parents avaient sollicité une consultation parce qu’ils suspectaient une surdité, par exemple", explique le Dr Deconinck.

Le bilan diagnostique

Ces enfants qui présentent des traits autistiques bénéficient tout d'abord d’un bilan diagnostique. Point fort du centre: la rapidité de ce diagnostic. "La première consultation est systématiquement organisée endéans les trois mois", précise le Dr Soncarrieu. C’est l’un des bénéfices de la reconnaissance par l’INAMI comme centre de référence. "Avant la création de ces centres, il y avait parfois des délais de six mois, voire un an, avant que les parents puissent obtenir une évaluation multidisciplinaire. C’est déplorable pour des enfants qui sont à un âge où ils se développent très rapidement."
Autre avantage de cette reconnaissance: la gratuité du bilan et des soins. Seule la première consultation est payante. Ensuite, si la situation nécessite un bilan diagnostique complet, les parents ne devront plus rien payer pour les rendezvous suivants. Outre la pédopsychiatre et le neuropédiatre, les enfants rencontrent un logopède et un psychologue spécialisés dans le diagnostic de ces difficultés précoces du développement de l’enfant. "Ces consultations successives avec chaque spécialiste nous permettent d’établir des observations très fines, avec lesquelles nous remplissons des échelles de diagnostic d’autisme", retrace le Dr Soncarrieu.

Une prise en charge individualisée

Après le diagnostic vient l’étape de la prise en charge de ces enfants. Une intervention qui s’organise au cas par cas, en fonction du diagnostic posé et des observations réalisées. "Nous orientons les parents. Nous recherchons notamment un établissement de rééducation ou d’apprentissage adapté à leur enfant, que ce soit une école avec classe Teacch1 ou un service d’accompagnement au sein d’un institut ordinaire", explique le Dr Soncarrieu. "Les troubles que ces enfants présentent entravent leurs capacités d’apprentissage. Mais s’ils sont pris en charge dans un enseignement adapté, ils seront capables d’acquérir des connaissances. Il faut simplement tenir compte du fait qu’ils apprennent autrement, qu’ils ont une autre forme d’intelligence", poursuit-elle.

Le soutien en fil rouge

Pour décrire les compétences particulières que peuvent avoir ces enfants, les Dr Soncarrieu et Deconinck emploient le terme "îlots de compétences". Parmi ces patients, certains sont dotés d’une mémoire exceptionnelle. L’un d’entre eux peut réciter toutes les répliques du dessin animé Le Roi Lion, par exemple. Un autre enfant connaît par coeur l’ensemble du réseau de métro bruxellois. Certains enfants lisent seuls à cinq ans alors qu’on ne leur a jamais appris à lire… Les exemples foisonnent et le binôme formé par les Drs Soncarrieu et Deconinck ne cesse d’être surpris par les compétences des patients du centre. Ces enfants, ils les suivent pendant des années. "Nous sommes aussi là pour soutenir, accompagner et conseiller les parents", explique le Dr Deconinck. "Nous continuons à voir ces patients tout au long de leur vie d’enfant et d’adolescent… Nous faisons aussi un peu office de fil rouge, en somme", conclut-il..

1 Classes adaptées aux enfants et adolescents atteints d’autisme, où l’on insiste sur la présentation visuelle et prévisible des apprentissages.

:: Le centre Autrement en trois chiffres ::
>2–3 ans L’âge moyen des enfants qui sont orientés vers le centre. Un point positif quand on sait qu’il est important d’intervenir précocement dans ce genre de troubles
>9 Le nombre de personnes qui composent l’équipe pluridisciplinaire du centre. À la coordination: un binôme composé d’une pédopsychiatre et d’un neuropédiatre.
>80 Le nombre d’enfants évalués chaque année suite à des symptômes suggestifs d’autisme. Environ la moitié de ces patients sont autistes. Les autres souffrent d’un autre trouble du développement. Dans la population générale, 1 enfant sur 150 souffre d’autisme.
:: Troubles envahissants du développement : quels signaux d’alerte ? :: Les enfants qui sont orientés vers le centre partagent une série de symptômes suggestifs, parmi lesquels :
>l’absence de mot à l’âge de 18 mois,
>l’absence de pointage (montrer un objet) ou d’autres gestes sociaux (faire un signe de la main comme "bonjour" ou "au revoir", par exemple),
>ne pas répondre à l’appel de son prénom,
>être "dans son monde",
>ne pas jouer à "faire semblant",
>avoir des "manies", des gestes stéréotypés répétés avec énervement,
>éviter les contacts oculaires,
>

Auteur : Aude Dion
Source : Osiris News (n° 31, juin-août 2013)